Les déchets dans les prés et dans les champs restent un problème

«Favoriser les mesures incitatives»
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« Bonjour, je m’appelle Lara. Aujourd’hui, ma maman Agnès est morte parce que des inconnus ont abandonné leurs déchets. » Fin avril, ce témoignage a ému beaucoup de monde sur Facebook et a fait l’objet d’innombrables commentaires sur les réseaux sociaux, où il a été partagé ou « liké » un grand nombre de fois.
Lara est un veau Hereford. Sa mère la vache Agnès a ingurgité un corps étranger en broutant, probablement un éclat de verre ou un morceau de canette déchiqueté, qui lui a infligé des blessures auxquelles elle n’a pas survécu.Le message émane de Daniela et Thomas Rinderknecht, les propriétaires des animaux, qui vivent à Wallisellen. La vache Agnès n’est malheureusement pas un cas isolé ! Un trop grand nombre d’animaux meurent ainsi dans de terribles souffrances, comme il y a quelques jours la vache Wendi à Oftringen.

Les détritus jetés ou abandonnés sans le moindre scrupule le long des routes et des chemins très fréquentés ne constituent pas seulement un problème dans les villes. De plus en plus de gens ne se donnent même plus la peine d’emporter leurs déchets et s’en débarrassent n’importe où, que ce soit lors d’une balade dans la nature ou par la fenêtre de leur véhicule. Ils rendent ainsi la vie difficile aux familles paysannes. C’est par sacs entiers que les agriculteurs doivent ramasser des emballages d’aliments ou de boissons et de paquets de cigarettes vides avant de pouvoir effectuer le fauchage des prés ou la récolte des champs. La collecte des déchets prend du temps et peut aussi devenir un facteur de coût considérable. Lorsqu’ils se retrouvent dans des cultures destinées
à l’affouragement ou fournissant de la litière pour le bétail, les corps étrangers solides mettent en péril la santé des animaux et endommagent les machines agricoles.

Les déchets sauvages sont une nuisance à plus d’un titre ! Les gens ont de moins en moins conscience qu’ils portent une part de responsabilité pour ce qui se passe dans l’espace public. Les déchets sauvages détériorent la qualité de vie et le sentiment de sécurité dans l’espace public, sans oublier qu’ils portent préjudice à la réputation du lieu. Ils ont aussi un coût : selon une étude de l’Office fédéral de l’environnement, les coûts de nettoyage pour les déchets sauvages atteignent environ 144 millions par an pour les communes. Et ce montant ne prend pas en compte les coûts indirects, comme le temps que les agricultrices et les agriculteurs passent à ramasser les déchets. Il faut en outre rajouter 48 millions de francs de plus pour le nettoyage des transports publics !

Il est grand temps de définir des limites pour lutter contre les déchets sauvages ! C’est pour ce faire qu’en 2013, j’ai déposé une initiative parlementaire demandant une base légale nationale pour instaurer une amende minimale – afin que les contrevenants prennent conscience de la nature répréhensible de leur acte et qu’ils soient passibles d’une amende dans toute la Suisse. Cette initiative comprend une adaptation de la loi sur la protection de l’environnement qui fait de l’élimination inappropriée de déchets de la vie quotidienne une infraction passible d’une amende pouvant atteindre 300 francs. Malheureusement, la proposition a cette semaine été rejetée par le Conseil national. Je compte désormais sur les cantons et les communes pour procéder à une modification de leur base légale.

En parallèle des mesures sur la scène politique, l’Union suisse des paysans doit aussi poursuivre sans faiblir sa campagne de lutte contre les déchets sauvages, lancée il y a quatre ans en collaboration avec la CI « Pour un monde propre ». Des panneaux à placer au bord des chemins ou des routes avec le message « Du respect…Pas de déchets ! » ont été élaborés pour le travail de sensibilisation. Il existe aussi une mini‐brochure qui rappelle les bons gestes à adopter à la campagne, ainsi qu’un élément d’exposition. De plus, l’agriculture participe chaque
année en septembre à la Journée nationale « Clean‐Up‐Day » organisé par la CI « Pour un monde propre ».

J’ai bien conscience qu’une mise à l’amende systématique des contrevenants est utopique, en vertu de l’adage « pas de plaignant, pas de juge ». Je reste toutefois persuadé que seules l’adaptation de la loi et les amendes sont absolument nécessaires pour contribuer à une prise de conscience de la nature illicite de ces incivilités dans la société.

Jacques Bourgeois, conseiller national et directeur de l’Union suisse des paysans